De nouvelles recherches pour écourter la durée de convalescence après une chirurgie réparatrice de la fistule

Note: Cet article figure également sur le blog de la Maternal Health Task Force

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Les agents de santé font la tournée des services de fistule en Ouganda.

Pour les femmes vivant avec une fistule obstétricale qui sont constamment confrontées à l’incontinence urinaire ou fécale, la possibilité de subir une chirurgie réparatrice peut être synonyme d’un grand changement dans leur vie. Néanmoins, le traitement peut en lui-même causer de nombreuses difficultés, notamment une longue convalescence à l’hôpital. Les séjours prolongés à l’hôpital impliquent des problèmes tels que l’inconfort physique, une longue séparation vis-à-vis du conjoint et de la famille, le risque d’infections nosocomiales et un manque-à-gagner lié à la perte des moyens de subsistance. Un article d’IRIN a très bien décrit ce manque-à-gagner en évoquant le cas d’une patiente atteinte de fistule au Mali, Gounam Boukou Niafunke a perdu ses récoltes de mil, de gombo et d’arachide pendant son long séjour à l’hôpital en raison de son opération et de sa convalescence. Pour les hôpitaux dont la capacité d’accueil est limitée, les longs séjours post-opératoires ont une incidence sur le nombre de femmes qu’ils peuvent aider et ils font peser des pressions sur le personnel surchargé.

Un des facteurs clefs déterminant le temps à l’hôpital pour la convalescence est la durée du cathétérisme vésical, lorsqu’une petite sonde est insérée dans la vessie en passant par l’urètre pour évacuer l’urine, après l’opération. Le cathétérisme représente une phase essentielle du processus de guérison, mais les pratiques varient considérablement. Une étude du projet Fistula Care d’EngenderHealth (aujourd’hui dénommé Fistula Care Plus) a montré que la durée du cathétérisme vésical (pour tous les types de fistules obstétricales) allait de cinq jours à 6 semaines.  La durée moyenne du cathétérisme est de deux semaines, cependant il existe peu voire aucune donnée probante sur la durée optimale à privilégier afin de promouvoir la guérison de la fistule.

Pour répondre à cette question, Fistula Care a conduit une étude contrôlée multi-centrée randomisée de grande envergure pour déterminer si un cathétérisme de sept jours peut être privilégié en lieu et place d’un cathétérisme de 14 jours. Les résultats de cette étude sont désormais publiés dans the Lancet: ils montrent que le cathétérisme de courte durée est sûr et efficace à la suite d’une chirurgie réparatrice de la fistule. Cette étude a randomisé 524 participants nécessitant une réparation simple de la fistule avec un cathétérisme de sept jours contre quatorze jours dans huit sites à travers huit pays africains. Aucune conséquence négative ou avantage n’a été constaté en cas de cathétérisme de sept-jours ou de plus longue durée chez les femmes. Il faut surtout noter que d’un point de vue statistique, il n’y avait pas de différence significative par rapport aux taux de rupture de réparation de la fistule chez les femmes qui ont bénéficié d’un cathétérisme de sept jours et de 14 jours (4,0% contre 3,2% respectivement).  Il n’y avait pas de différence majeure entre les groupes en ce qui concerne les résultats secondaires tels que les infections et la fièvre.

L’application de ces résultats peut permettre d’écourter les hospitalisations après une chirurgie de la fistule, ce qui impliquerait moins d’inconfort et d’effets secondaires pour les femmes, mais aussi des coûts abordables pour les patientes et le système de santé ainsi que l’administration de traitements à davantage de femmes dans des établissements ayant une capacité d’accueil limitée.

Fistula Care a choisi ce sujet de recherche après avoir consulté un large éventail de partenaires afin d’identifier des domaines susceptibles d’avoir un impact majeur chez les femmes, dans le cadre de programmes de traitement de la fistule. Comme l’a fait remarquer le Docteur Ahmet Metin Gulmezoglu de l’Organisation mondiale de la Santé, ces résultats peuvent facilement être mis en œuvre, ils présentent en plus l’avantage d’aider les femmes à retrouver leur vie quotidienne plus rapidement et avec moins de pression tout en permettant aux établissements de soins de prendre en charge plus de réparations. »

Il est essentiel que de telles recherches donnent lieu à des programmes de traitement de la fistule à l’échelle nationale. Le projet Fistula Care Plus travaille désormais avec des partenaires en vue de la définition de directives cliniques qui permettront aux chirurgiens, aux sages-femmes et aux infirmières s’occupant des patientes atteintes de fistule d’intégrer les résultats de l’étude à leurs nouvelles pratiques à l’égard de ces patientes. En évoquant les résultats et leur impact éventuel, le Docteur Joseph Ruminjo, Directeur clinicien de Fistula Care Plus, a déclaré, ces résultats permettent une avancée majeure pour la standardisation des soins et l’amélioration des traitements administrés aux femmes. Nous espérons qu’avec la poursuite des recherches, parallèlement à une prévention accrue, l’accès au traitement et les efforts de réinsertion, nous pourrons atteindre un objectif à long-terme avec nos partenaires: faire de la fistule une maladie rare pour les futures générations.

Cette étude a été possible grâce au projet Fistula Care Plus soutenu par l’Agence américaine pour le développement international (USAID).

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À propos de la fistule obstétricale

La fistule obstétricale est généralement causée par un travail obstrué d’une durée de deux à neuf jours, après lequel le nourrisson est souvent mort-né tandis que la mère souffre d’une déchirure dans le canal vaginal, ce qui la rend incontinente. Bien que la fistule soit dans une large mesure évitable, 1 à 2 millions de femmes auraient besoin d’une réparation de la fistule. Les femmes souffrant de fistule obstétricale sont souvent abandonées ou négligées par leurs maris et familles, dans la plupart des cas elles sont dans l’incapacité de travailler et peuvent être victimes d’ostracisme de la part de leurs communautés.

À propos de Fistula Care Plus

Fistula Care Plus est un projet de cinq ans consacré à la réparation et la prévention de la fistule, administré par EngenderHealth et financé par l’Agence américaine pour le développement international.  Il tire parti du travail entrepris par le projet précédent, Fistula Care (2007-2013) qu’il améliore et développe. Grâce à des ressources, à la sensibilisation, à des connaissances adaptées et avec des systèmes de santé solides en vue de la prévention, du traitement et de la réinsertion, la fistule peut devenir une maladie rare pour les générations à venir. Les partenaires d’EngenderHealth pour Fistula Care Plus sont le Population Council, Dimagi, Direct Relief, la Fistula Foundation, le Maternal Health Task Force, et TERREWODE. Visitez www.fistulacare.org pour plus d’informations.

 À propos d’EngenderHealth

EngenderHealth est une organisation internationale de premier plan au service de la santé des femmes qui s’engage à veiller à ce que chaque grossesse soit planifiée, chaque enfant soit désiré et que chaque mère ait les meilleures chances de survie. Dans 20 pays à travers le monde, nous formons les professionnels de la santé et nous collaborons avec les gouvernements et communautés pour mettre des services de planification familiale et de santé sexuelle et reproductive de haute qualité à la disposition des populations—aujourd’hui et pour les générations à venir. Visitez www.engenderhealth.org  pour plus d’informations.

-Pour en savoir plus, visitez: http://www.fistulacare.org/pages/blog/#sthash.pKYwyLoX.dpuf