Mettre un terme à l’inéquité: vers l’éradication de la fistule

Initialement publié sur le blog d’EngenderHealth. 

Le travail obstrué peut toucher n’importe quelle femme, où qu’elle vive. En revanche, ce ne sont que dans les pays à faibles revenus qu’il conduit à des lésions dévastatrices telles que la fistule obstétricale. Bien que le risque de mortalité et de lésion maternelle soit universel, la santé des femmes ne concerne pas seulement les femmes—elle est déterminée par des forces externes autant que par la biologie. En examinant comment et où nous avons éradiqué la fistule obstétricale par le passé, nous avons espoir d’aider à éclairer la voie de notre futur parcours.

Atteindre l’incidence zéro–un retour sur le passé

Jusqu’au début des années 1900, le travail dystocique était un phénomène courant et une des principales causes de décès chez les femmes enceintes partout dans le monde, notamment celles vivant dans les pays riches. Dans le cadre de la transformation des soins obstétricaux (et de l’anesthésie) en Amérique du Nord et en Europe, des techniques ont été développées pour la traiter de façon précoce, afin de prévenir les lésions corporelles ou la mort. Le premier hôpital de la fistule a fini par devenir obsolète et a fermé ses portes—c’est l’emplacement actuel de l’hôtel Waldorf Astoria à New York.

Sans intervention, le travail dystocique peut durer pendant plusieurs jours, parfois au-delà d’une semaine. S’il n’est pas traité, il conduit très souvent à une fausse-couche, et entraîne soit la mort de la mère ou si elle survit, des lésions corporelles très graves.  Lorsque le travail dystocique n’est pas traité, le bébé est coincé au niveau du bassin de la mère, il comprime la vessie et le rectum contre les os du bassin. La pression détruit les tissus séparant le vagin à partir de la vessie ou du rectum, et entraîne la formation de la fistule qui ne peut être traitée que par une opération.

Dénommée « non progression de la dilatation » ou « non-progression de l’accouchement » dans les pays riches, le travail dystocique est en grande partie pris en charge par le biais de la césarienne.  Chez les femmes américaines enceintes pour la première fois, par exemple, le travail dystocique est l’indication la plus courante à l’accouchement par césarienne, représentant 35% des indications à césariennes.  La « non progression de la dilatation » est simplement la phase pré-morbide du travail dystocique.1

La persistance des morbidités maternelles extrêmes dans les pays en développement montre un manque d’accès aux services de santé sexuelle et reproductive de qualité tout au long de la vie d’une femme. Pour parvenir à une incidence zéro de nouveaux cas de fistule obstétricale, il faut un traitement opportun du travail dystocique dans le cadre de soins complets avant, pendant et après l’accouchement. En revanche, même la prévention de nouveaux cas ne pourrait contribuer à la prise en charge des environ 1 à 2 millions de femmes et de filles vivant avec la fistule obstétricale aujourd’hui.

Faire face aux retards–perspectives d’avenir

Beaucoup de femmes atteintes de fistule obstétricale attendent une chirurgie correctrice. La réponse à ce besoin est cruciale pour soulager la souffrance, rétablir les communautés où vivent ces femmes et créer un environnement sans fistule pour les générations futures.

Dans les pays en développement, où la fistule obstétricale persiste, les femmes souffrant d’autres troubles du plancher pelvien contribuent également à la charge de morbidité suggérant qu’il peut y avoir une opportunité d’amélioration de l’utilisation des ressources limitées par le biais des soins holistiques.2 Dans de nombreux centres de la fistule, par exemple, trois à quatre femmes souffrant de prolapsus d’organe pelvien se présentent pour des soins pour un patient admis dans le cadre d’un programme « de service unique » qui ne prend en charge que la chirurgie de la fistule.  Les chirurgiens de la fistule sont les mieux placés par soigner les femmes souffrant d’autres troubles du plancher pelvien, et pour le faire correctement, une formation qui intègre le prolapsus, l’incontinence et la fistule permet aux chirurgiens d’avoir ce dont ils ont besoin pour leurs patients et eux-mêmes.

Les compétences, les établissements et les fournitures nécessaires pour les soins à apporter aux femmes atteintes de ces maladies se recoupent, ce qui crée des opportunités systématiques pour intégrer les soins de la fistule dans des services plus importants qui confèrent aux médecins, aux infirmières et aux sages-femmes les compétences pour soigner tous les patients et la communauté dans la limite des ressources disponibles—une dynamique qui a une résonnance dans les systèmes de la santé à travers le monde.

À EngenderHealth, nous soutenons un modèle qui place les droits des femmes au coeur de notre travail, pour veiller à ce que les prestataires de soins et les décideurs soient à l’écoute des femmes, et ne leur dictent pas leurs besoins. Le soutien de l’intégration des soins de la fistule dans des services étendus pour la médecine pelvienne des femmes s’appuie sur cette notion en démontrant la connaissance et le respect des vrais besoins des femmes qui ont recours aux soins. Il reconnait aussi le plein potentiel des médecins en promouvant la durabilité réelle des programmes se concentrant sur la fistule dans une ère post-fistule.2

Approche holistique

Dans le cadre de Fistula Care Plus, un projet de prévention et de réparation de l’Agence américaine pour le développement international (USAID) échelonné sur cinq ans, nous travaillons aux côtés de médecins, d’infirmières, de communautés et de décideurs pour réduire l’incidence de la fistule fistule obstétricale, et faire face aux retards de prise en charge des femmes vivant avec cette maladie dévastatrice. Avec des ressources, la sensibilisation, des connaissances adaptées et des systèmes de santé solides en vue de la prévention, du traitement et la réinsertion, la fistule peut devenir une maladie rare pour les générations à venir.

 

RÉFÉRENCES:

1. Boyle A, Reddy U M, Landy HJ. Primary cesarean delivery in the United States. Obstet Gynecol. Juillet 2013; 122(1): 33–40

  1. Walker GJA, Gunasekera P. Pelvic organ prolapse and incontinence in developing countries: review of prevalence and risk factors. Int Urogynecol J (2011) 22:127–135